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Mettre bas - Berlinde De Bruyckere

La chair exténuée est douce, elle luit d’un éclat surréel. Tout est chair, même la couronne d’épines, sacre de l’agonie. Et la main, la jambe, le pli de l’aine, la saignée du genou. Chair de ma chair, dit-on de l’enfant mis au monde. Les bêtes le savent, qui mettent bas. Rejoindre la terre comme l’arbre tombe, les arbres alentour se touchant, mêlant leurs bras fraternels, s’inclinant de même, murmurant.

L’ouvrière qui se penche au chevet de ces corps épuisés, cette femme au prénom de béguine ou de fée, a choisi pour son rituel une matière qui brûle, se consume, feu follet ou prière, ici refroidie, moulée en seconde peau, linceul d’un raffinement et d’une fidélité extrêmes, qui ne dissimule ni ne ment.

Cette chair est la nôtre à l’instant où le sang la quitte, où nous nous mettons bas, seuls ou dans les bras d’un être aussi vulnérable, blessé du même mal. Moment où la lutte cesse, fusion d’entrailles, point extrême de la dissolution, quand le muscle devient museau, la peau, déchet végétal, l’agonie, une danse, et la blessure, l’œil.

Lieu d’un tel abandon qu’il semble exclu du monde, peuplé d’êtres d’une fragilité de verre, laissés pour morts derrière une frontière invisible, et dont la plaie même ne coule plus, joyau scellé d’un clou, fenêtre rouge que le froid coagule.

L’atelier pourtant est lumineux et chaud. On y parle aux figures de cire, touchés par leur vertigineuse et délicate présence. On se parle, aussi, témoins d’une troublante alchimie. Là une femme ensevelit et libère, s’ensevelit et nous libère.

Caroline Lamarche
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